A toi mon ennemi intime

 

Ce matin en prenant mon café, une image me traversa l’esprit, par un passage vif et aérien, une sensation que j’ai figé le temps d’en être conscient. Je ne pourrai la décrire car je trahirai sa valeur, je peux juste dire qu’elle n’a pas été désagréable, malgré sa furtivité, elle m’a animé sans prétentions, elle a amorcé des choses sans les bousculer, ensuite elle a disparu en me laissant cette ultime trace de bonheur que je veux partager. Eclair mais éclairante, aérienne mais pénétrante, puissante mais subtile, je l’ai capturé dans ma mémoire comme un signe fort de la vie, puisque j’en suis rendu à parler d’elle, voici grossièrement ce qu’elle contient..

Ça faisait trop longtemps que je n’avais pas eu l’inspiration d’écrire, tantôt j’étais noyé dans mes obligations professionnelles, tantôt l’envie, oui l’envie d’écrire était absente, sans explication rationnelle, je n’avais pas l’esprit à le faire. Lorsque le quotidien me pousse fatalement  à sacrifier mon âme dans des automatismes de fonctionnement, pour combler mes besoins, des plus primaires jusqu’ au plus profonds, je reconnais avoir été très rapidement et inconsciemment piégé par le rythme infernal. Je dirai que l’on devient victime de notre propre soumission à l’idée de remplir notre vie avec une réalité basée sur la représentation, on devient esclave d'un système de sensations physiques et biologiques, générées par cette matérialisation de nos intentions.

J’avoue ne plus avoir laissé d’espace vacant pour la contemplation de l’univers intérieur profond, je sais pertinemment qu’à vouloir à tout prix rendre les choses visibles pour l’extérieur, j’oublie moi-même de les éclairer à l’intérieur, à une échelle plus intime mes yeux étaient sans vue, Les belles n’avaient plus de représentation pour moi, il fallait qu’elles soient fortes, puissantes et intelligentes pour capter mon intérêt.

A une allure de TGV, progressivement on se rend moins disponible pour observer les trésors simples, les petits courants qui nous traversent, les belles phrases qui nous parlent et les invitations à la rencontre de l’autre. On bâcle, on zappe on se jette corps et âme dans des priorités, dans l’intense, dans l’action. Les choses nous passent comme de l’intérieur d’une cabine, les paysages sont indistincts, les bruits confus, et les espaces de plus en plus réduits. On se prend au jeu de l’intense, on la côtoie, on la consomme, et on ne s’en lasse pas, jusqu’à ce que l’on ne saisit plus totalement le sens initial de nos réelles besoins, jusqu’à ce que ne sache plus vraiment les limites de l’objectif qu’il soit atteint ou pas, rien ne compte plus vraiment sauf l’obligation d’agir pour que la réalité existe à travers cette intense sensation recherchée, cette illusion d’exister que parce qu’on vit pleinement dans l’action, cette illusion de s’épanouir parce que le plaisir « attendu » nous galvanise tout le temps.

Vous allez me dire, mais il nous ennuie celui-là avec sa philosophie à 2 balles, probablement que c’est plus digeste qu’un programme politique, que c’est moins sérieux qu’une dissertation sur la métaphysique, mais je voulais partager cette pensée, car cet arrêt sur image a été rafraichissante, elle m’a permis de mettre toutes actions sur pause, pour prendre le temps de revoir les petits recoins, les petits feux, les petites flammes, les minuscules choses qui germent dans mon univers, ces petites sources que je risque d’abandonner alors qu’elles viendraient probablement m’enrichir l’esprit. Alors oui je vais leur ouvrir la porte.

 

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Vous allez me dire, mais tout le monde n’est pas comme toi, les gens s’en foutent royalement, ce qui les intéresse c’est de remplir le vide pour ne pas s’ennuyer, ce qui les intéresse c’est qu’ils se sentent exister par le regard des autres, par leurs propres représentations d’eux même. Je respecte cela, nul doute dessus. Je ne donne aucun leçon la dessus, je partage simplement une expérience, un instant de vie, aussi léger qu’une plume, un petit vent dans votre vie si vous prenez le temps de me lire!

Il y a encore trois mois je jouais une partie de pétanque avec des marchands d’armes, et lorsque je brandissais l’ AK47 ce n’était pas pour une affiche commerciale. Deux semaines après une amie m’emmène à Lourdes, je décide finalement de rentrer à Nouméa, on me proposa ensuite de participer aux négociations avec les groupes politiques du FLNKS. Tout naturellement je m’engage à participer activement à la campagne alors que je souhaitais un boycott actif voir plus. Au fil des jours je vivais dans une énergie qui me poussait à rencontrer l’autre, à le reconnaitre, y compris mes ennemis les plus intimes, ces petites bougies de l’ombre qui se sont maintenues allumées. Et je parviens enfin à les voir, à les accepter comme étant les pires dénis de mes aspects les plus sombres. La prochaine étape sera de les transformer en lucioles éclairantes.. J) Au travers de ces semaines passées en France, puis en NC, je confirme que la politique a son pouvoir thérapeutique toutes proportions gardées sur les hommes et les femmes, je peux l’attester pour y avoir observé des transformations positives, des guérisons de vieilles blessures, ainsi des détachements complets de la notion de « personnel ».

Wamytanpap

Tout cela pour dire  quoi ? Tout ça pour dire que la vie est toujours pleine de surprises, quand on observe suffisamment profondément les choses intérieures, elles nous parlent. Et lorsque on le permet notre âme s’oriente alors à l’aide de ces petites déviations proposées par les uns et les autres, et ce qui nous paraissait futile hier par notre manque de patience, par notre autosuffisance et par l’orgueil,  cela est ainsi rendu plus enrichissant au présent, grâce à ce regard attentionné que l’on porte sur » l’impromptu », sur le vide utile, sur le silence que nous propose le temps. 

Rien n’arrive au hasard on le souhaite, et l’univers met en marche sa réalisation. A chacun d’être prêt de son noyau spirituel! Peut être que c’était cela mon miracle de Lourdes :)

 

A mon ennemi intime, merci à toi aussi !

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Date de dernière mise à jour : 02/11/2015